Daouda Coulibaly (H.96)
La Force Tranquille

Abidjan. Tout le monde connaît Daouda à Abidjan. Le jovial patron de la Société Ivoirienne de Banque (SIB), fan de Zouglou, en poste depuis 2012 à la tête de la troisième banque du pays, a connu une ascension fulgurante tout en faisant le consensus partout autour de lui, à tel point que les membres de regroupement des anciens HEC vivant en Côte d’Ivoire, qu’il préside, lui ont demandé de tenir ce rôle à vie.

Read full transcript…

HU: Si tu étais une couleur ?

D: Bleu, comme mon costume.

HU : Un animal ?

D : Un cheval. C’est tellement majestueux.

HU : Un plat ?

D : Là je vais dire un repas de chez moi que vous ne connaissez pas : la pâte de Toh. C’est une pâte de maïs un peu pliée, comme de la purée, mais très compacte. C’est très intéressant.

HU : Une chanson ?

D : Alpha Blondy, Apartheid is Nazism

HU : Un film ?

D : Ah Scarface ! Je l’ai vu 9 fois.

HU : Un péché ?

D : La gourmandise. Ca se voit, avec les petites rondeurs que j’ai !

HU : Un objet ?

D : Une boussole, qui aide à orienter les gens.

HU : Un sport ou un jeu ?

D : J’adore le football.

HU : Un livre ?

D : Un livre d’Amadou Hampâté Bâ.

HU : Un (super)héro ?

D : Si j’étais, parce que je crois que je suis loin de là, je serais Nelson Mandela. Mais bon, je ne suis qu’un pauvre humain, qui a une vie très simple, loin du héro.

HU : Maintenant, résume nous ton parcours professionnel en 30 secondes.

D : Diplômé en 1996, PWC pendant 5 ans, puis j’ai rejoint la Société Ivoirienne de Banque (SIB), qui appartenait au groupe Crédit Agricole, comme responsable contrôle de gestion. Au bout d’année j’ai été nommé directeur financier adjoint. Je me suis ensuite expatrié à Paris pour travailler au Crédit Agricole. Puis je suis revenu en Côte d’Ivoire comme Directeur Général adjoint de la SIB, qui appartient désormais à Attijariwafa Bank, et j’ai été nommé Directeur Général en 2012.

“Beaucoup de gens n’y croyaient pas, mais on y a cru, on y est allé et on a un peu forcé les choses.”

HU : Qu’est ce qui te rend heureux d’aller au bureau le matin ?

D : J’ai la chance de faire un boulot formidable, qui contribue à rendre les gens heureux. Quand vous financez quelqu’un pour l’acquisition d’une maison, d’un véhicule ou pour un projet, c’est fantastique, vous améliorez sa vie. C’est un moteur de se dire qu’on contribue à créer du bonheur autour de nous.

HU : À t’entendre, on a l’impression que le principal métier de la banque c’est de participer au financement de l’économie réelle, ce que nous avons peut être un peu oublié en Europe et aux États-Unis…

D : Oui, je pense que sa principale raison c’est de financer l’économie réelle, tous les agents économiques, ces hommes et ces femmes, qui viennent nous voir avec un projet et que nous accompagnons dans leur réalisation. Il n’y a rien de plus gratifiant pour nous quand, lorsqu’on réussit à financer un dossier et que la personne grandit, elle dit : « C’est grâce à la SIB que je suis là où je suis ». Il n’y a rien de plus gratifiant.

HU : Quelles sont les principales activités de la SIB ?

D : Nous sommes une banque universelle, nous couvrons donc tous les segments de crédit. Nous ne sommes pas sur une niche ou sur un métier spécifique, mais sur tous les segments de clientèle : le particulier, la très petite entreprise, le professionnel, l’artisan, la PME, la PMI, la grande entreprise, la multinationale ainsi que l’État et l’Institutionnel. Nous voulons adresser tous les segments du marché, chacun avec sa spécificité ainsi que ses produits et ses services adaptés.

HU : Pourquoi est-ce particulièrement important de financer l’économie réelle dans un pays en développement ?

D : C’est l’essence même de la banque, car cela permet de réaliser des projets concrets ainsi qu’une distribution de la richesse qui est beaucoup plus large. Tandis que lorsque les banques sont sur des sujets spécifiques, très techniques, qui bénéficient à une poignée de gens, même si elles créent beaucoup de valeur, cette valeur reste abstraite. Nous apportons une valeur ajoutée concrète.

“Être banque universelle ne signifie pas que nous ne devons pas nous adapter aux nouvelles technologies, bien au contraire ! Nous devons nous appuyer sur ces nouvelles technologies pour gagner du temps et faire du « leapfrogging ».”

HU : Est-ce qu’il y a un projet que vous avez aidé à réalisé dont tu es particulièrement fier ?

D : Je vais en citer deux. Le premier c’est le financement du port d’Abidjan. On était après la crise, avec un nouveau régime et le projet était dans une situation de quasi-faillite. C’est un dossier que nous avons porté, aujourd’hui nous sommes très fiers de constater que le port d’Abidjan est devenu l’un des leaders, pour ne pas dire LE leader de la sous-région. Beaucoup de gens n’y croyaient pas, mais on y a cru, on y est allé et on a un peu forcé les choses.

Le deuxième projet dont je vais parler consistait à accompagner l’État dans un projet de construction de logements sociaux. Nous avons aidé un projet concret du gouvernement qui rayonne sur l’ensemble du pays.

HU : Est ce que tu penses que le métier de banquier à une portée sociale ? 

D : Non pas vraiment, le banquier n’est pas philanthrope ! Je dirige une banque privée, je suis jugé par un conseil d’administration, qui fixe des objectifs que j’essaye de réaliser. Mais par moment les choses peuvent se croiser, comme sur le programme de logements sociaux. Par moment les choses convergent, surtout dans nos pays en développement, et c’est tant mieux !

HU : A quoi est ce que tu occupes tes journées de Directeur Général ?

D : J’organise mes rendez-vous très tôt le matin, à partir de 8h-8h30, ensuite j’ai toutes les réunions avec mes équipes, où, en tant que Directeur Général je dois prendre une décision sur un projet ou sur une problématique donnée. En début d’après midi, encore des réunions, soit des visites clientèles soit des réunions avec des clients ici à la banque, ou avec des collaborateurs. A 17h, il faut trancher sur des accords de crédit. Après ça, c’est une autre journée qui commence, j’arrête de courir et j’ai enfin le temps de lire tous les courriers de la journée, de travailler sur des dossiers spécifiques, de définir les orientations du groupe.

HU : Quelle est la stratégie de développement de la SIB ?

D : Comme je l’ai dit, nous avons un modèle de banque universelle. Historiquement, la SIB était d’abord une filiale du Crédit Lyonnais, dont l’objectif était d’accompagner les grands groupes, les multinationales françaises ou américaines sur le marché ivoirien. Depuis 2009 et l’arrivée du groupe Attijariwaja Bank, un groupe marocain, la volonté a été de retransformer le modèle, pour faire de la SIB une banque universelle.

Sur les segments sur lesquels nous étions en retard, il a fallu mettre en place des stratégies de rattrapage. Sur le segment des particuliers notamment, nous sommes passés de 14 agences en 2009 à 54 aujourd’hui. Sur les PME et les très petites entreprises, nous avons crée une direction spéciale à laquelle ils peuvent s’adresser et des accords ont été signés avec des bailleurs de fonds pour faire du partage de fonds. Le premier point de notre stratégie, c’est donc d’être présents sur tous les segments de la clientèle.

Deuxième point : être innovants. Être innovants, cela veut dire apporter des expertises que le groupe a l’avantage d’avoir au Maroc : le « leasing », le « confirming », le crédit à la consommation, la problématique des crédits immobiliers ou l’assurance. Il s’agit donc pour nous de dupliquer ces stratégies ici. Nous avons réussi à lancer le « leasing », le « confirming », nous avons fait la banque de financement, la banque d’affaire et nous sommes sur un projet de crédit conso, demain ce sera la plateforme immobilière, et ainsi de suite. L’assurance est en cours, nous avons demandé l’agrément et nous attendons les autorisations pour ouvrir des filiales d’assurance que je vais également présider.

HU : Est-ce que le Mobile Money est aussi un de vos sujets ? On a vu qu’Orange développait beaucoup ce moyen de paiement en Côte d’Ivoire, devenant pratiquement un acteur bancaire. Est ce que vous allez vous tourner vers ces nouveaux moyens de paiement, très populaires en Afrique, ou est ce que vous préférez vous concentrer sur le développement de votre modèle de banque universelle ?

D : Être banque universelle ne signifie pas que nous ne devons pas nous adapter aux nouvelles technologies, bien au contraire ! Nous devons nous appuyer sur ces nouvelles technologies pour gagner du temps et faire du « leapfrogging ». Le mobile banking est en effet très en vogue dans cette région du monde, nous sommes en train de réfléchir là dessus pour mettre en place une stratégie avec le groupe Attijariwafa et je pense que nos confrères banquiers se posent les mêmes questions. Nous ne voulons pas laisser ce champ là aux opérateurs téléphoniques donc nous allons soit créer des synergies avec eux, soit réinventer notre métier pour nous adapter à la réalité du terrain.

“L’appel du pays était trop fort, je devais rentrer. J’étais parti, j’avais acquis de l’expérience, que je pouvais mettre à la disposition de mon pays, donc il fallait que je revienne.”

HU : Question un peu rhétorique, mais est ce que c’est une bonne chose de profiter de ce qu’Attijariwafa a déjà fait au Maroc ?

D : Ah oui c’est une chance énorme ! Dans la vie il ne faut pas forcément réinventer le fil à couper le beurre ! Quand il existe il faut l’utiliser ! (rires) Nous avons l’avantage d’appartenir à un groupe important, qui est leader sur son marché sur de nombreux segments : le crédit conso, sur l’immobilier, dans l’assurance, dans le confirming, dans le factoring… À nous de dupliquer ces exemples de réussite en les adaptant à nos spécificités locales. Cela nous permet de gagner du temps !

HU : De manière plus générale, le Maroc, qui a annoncé publiquement sa « vocation africaine », exporte ses entreprises et ses méthodes, notamment dans les pays d’Afrique francophone. Est-ce une bonne chose selon toi ?

D : Indéniablement, car cela nous donne des alternatives, et dans la vie, c’est toujours mieux d’avoir des alternatives que d’être canalisé. Nous avons la France, maintenant le Maroc, la Chine même, cela nous permet de choisir le partenaire qui offre la meilleure solution.

Qui plus est, le Maroc était, il y a quelques années, exactement dans la même situation que nous en terme de développement. L’histoire est plus récente, donc cela permet de nous améliorer en nous comparant à un pays qui n’était pas dans notre situation il y a 100 ou 200 ans, mais beaucoup plus récemment ! Nous avons beaucoup plus d’enseignements à en tirer.

HU : Est ce que tu as du faire face à un choix difficile dans ta carrière ?

D : Dans une carrière on est tout le temps amené à faire des choix, qui ne sont pas toujours simples, mais l’idée c’est de toujours penser au coup d’après. Quand on prend une décision, il faut penser au coup d’après, ça permet d’avoir le moins de regrets possible.

“Je suis né dans une bourgade dans le nord de la Côte d’Ivoire, mais vous ne la trouverez pas sur une carte ! Ils viennent de commencer l’électrification de la ville, donc à l’époque où j’y suis né il n’y avait pas d’eau courante, pas d’électricité et pas de maternité. Je suis né dans les mains d’une matrone.”

HU : Le choix de revenir en Côte d’Ivoire en 2008, à un moment où la situation était très instable, n’a sans doute pas été facile…

D : Pour moi la question ne se posait pas. Je suis très attaché à ce pays et je voulais lui donner un peu de ce que j’ai reçu. Quand le Crédit Agricole m’a proposé de renouveler mon contrat d’expatriation de 3 autres années, j’ai dit non, on m’a demandé de prolonger d’une seule année, j’ai dit non car pour moi la question ne se posait pas et je voulais rentrer.

Mais effectivement, à cette époque, le contexte était très difficile : les élections de 2010 approchaient, on ne savait pas comment elles se passeraient et c’était une grosse incertitude de ramener ma famille dans ces conditions. Mais l’appel du pays était trop fort, je devais rentrer. J’étais parti, j’avais acquis de l’expérience, que je pouvais mettre à la disposition de mon pays, donc il fallait que je revienne.

5991656-8932245

Forces pro-Gbagbo durant la période trouble de la Côte d’Ivoire

HU : Quel est selon toi le plus gros challenge que doit relever la Côte d’Ivoire ?

D : Pour moi c’est de mettre tout le monde au travail. Nous avons traversé plus de 10 années de crise et les gens ont appris à ne pas travailler, détériorant la valeur travail. Nous insistons sur ce point auprès des jeunes générations : seule la valeur travail paye. Il ne va pas sans le mérite. Le président de la République Ouattara veut faire naître un Ivoirien Nouveau, qui sera capable de travailler, de servir son pays et d’avoir une vision plutôt générale que personnelle, un esprit patriotique qui passe aussi par le partage de la valeur travail.

HU : Est ce que tu penses qu’à la manière du Maroc, la Côte d’Ivoire peut devenir un modèle et un moteur pour le continent africain ?

D : La Côte d’Ivoire est déjà le leader et la principale place économique de la sous-région. Mais à l’échelle du continent, je pense que c’est aussi possible, car la Côte d’Ivoire a un potentiel énorme. D’abord un potentiel humain, avec une population relativement bien formée. Ensuite un potentiel agricole très élevé, des réserves minières et du pétrole qu’on est en train de découvrir. Nous avons la chance aussi d’avoir un président de la République qui a une vision donc avec ces armes, la Côte d’Ivoire peut devenir une puissance majeure en Afrique. Tous les spécialistes de l’Afrique s’accordent d’ailleurs à dire que la Côte d’Ivoire est un des pays qui a le plus de potentiel en terme de développement.

“Quand tu arrives à Abidjan, tu te sens chez toi. Il y a un climat d’accueil particulier qu’on ne sent pas ailleurs”

HU : Tu sembles très optimiste quant à l’avenir de ton pays. L’es-tu aussi pour l’ensemble du continent africain ?

D : Absolument, et je ne suis pas le seul à le dire. On entend partout que l’Afrique est le continent de demain et je suis convaincu que c’est le cas. La population africaine s’accroit et fera de l’Afrique le continent le plus peuplé à l’horizon de 2050. Cette population est jeune. La classe moyenne a été multipliée par 3 au cours de ces dernières années. Les démocraties s’installent de plus en plus. Et le climat des affaires s’améliore quoi qu’on dise.

HU : Parlons un peu d’Abidjan maintenant. Est ce que c’est là que tu es né ?

D : Non je suis né dans une bourgade dans le nord de la Côte d’Ivoire, mais vous ne la trouverez pas sur une carte ! Ils viennent de commencer l’électrification de la ville, donc à l’époque où j’y suis né il n’y avait pas d’eau courante, pas d’électricité et pas de maternité. Je suis né dans les mains d’une matrone.

HU : Dans un milieu modeste ?

D : Mon père était cultivateur et ma mère ménagère, on va dire que oui.

HU : Tu te considères comme un self-made-man ?

D : Je suis fier du chemin parcouru mais je suis conscient que la Providence a joué son rôle, parce que des gens intelligents comme moi, il y en a certainement beaucoup.

HU : Ton humilité t’honore. Pour revenir à Abidjan, depuis quand y vis-tu ?

D : Depuis que j’ai eu mon bac.

“J’étais le seul de ma classe à être choisi par HEC, en 1994”

HU : Donc tu connais la ville comme ta poche !

D : Abidjan change énormément, je ne peux pas vous dire que je la connais parfaitement. Disons qu’il y a des quartiers que je connais mieux que d’autres.

550px-Wegmann_Abidjan_IvoryCoast

Le Plateau, le “petit Manhattan d’Afrique”

HU : Si tu devais passer 24h à Abidjan avant de ne plus jamais y revenir, que ferais-tu ?

D : J’hésite entre rester chez moi et prendre du bon temps avec ma famille ou faire une dernière visite sur le plan lagunaire d’Abidjan, qui est magnifique. Vous savez qu’Abidjan est entourée par la lagune, ce qu’on appelle la lagune Ébrié, qui passe entre tous les quartiers. Donc faire la lagune à Abidjan, c’est vraiment magnifique, c’est même plus beau que Miami je peux vous le dire ! Et ce n’est pas de l’excès de patriotisme !

HU : Qu’est ce que tu aimes le plus chez les abidjanais ?

D : Ils sont très accueillants, très hospitaliers. Quand tu arrives à Abidjan, tu te sens chez toi. Il y a un climat d’accueil particulier qu’on ne sent pas ailleurs. Il n’y a qu’une seule autre ville ou je ressens la même chose, c’est New York. Quand je sors de l’avion à New York, je me dis « Bienvenue à la maison », alors que je ne suis pas du tout new yorkais. On se sent un peu chez soi, avec un sentiment de liberté et d’assurance que tu ne sens pas ailleurs.

HU : De là à dire qu’Abidjan est le New York d’Afrique il n’y a qu’un pas…

D : C’était la vision de Félix Houphouët-Boigny de créer un quartier des affaires, le Plateau, avec des tours. Il a obligé les grands groupes qui étaient présents à Abidjan à construire des sièges qui étaient dignes de la Côte d’Ivoire. Nous avons traversé une longue crise, donc nous sommes sortis, Dieu merci, et aujourd’hui il y a à nouveau de nombreux projets de construction de tours à Abidjan, ce qui va continuer à faire du Plateau le « petit Manhattan » d’Afrique !

HU : Revenons maintenant dans le temps pour parler d’HEC. Comment est-ce que tu es entré à HEC ?

D : Après mon BAC, je voulais faire une école de commerce locale. Mon frère, qui faisait des études en Belgique et qui est maintenant médecin vétérinaire, m’a conseillé, puisque je voulais faire des études de management, de faire HEC, une école avec une renommée internationale. Dès mon arrivée à la fac d’éco d’Abidjan, je me suis renseigné sur les voies d’entrée à HEC. J’ai appris qu’il était possible d’y entrer via le concours d’admission directe après la licence. Donc dès la première année de licence, j’ai commencé à me préparer pour le concours, qui était commun au top 5 des écoles de commerce françaises. J’ai passé mes 3 années de licence avec cet objectif en tête et l’année où j’ai passé le concours, j’étais le seul de ma classe à être choisi par HEC, en 1994.

J’obtiens une bourse de l’État de Côte d’Ivoire et j’arrive sur le campus ! Heureusement, j’ai appris qu’il y avait un autre ivoirien qui a passé le même concours que moi, mais à partir du Canada. Nous ne sommes retrouvés là bas et nous sommes devenus les meilleurs copains du monde ! On jouait ensemble dans l’équipe de basket. Je jouais dans l’équipe 2, on participait aux tournois, on est même arrivés en finale, que nous avons perdue contre Nanterre si je me souviens bien.

HU : Quel était ton endroit préféré sur la campus ?

D : L’endroit des soirées du jeudi soir… (rires)

HU : La K-fet ?

D : Oui la K-fet. C’est magique comme endroit ! (rires)

HU : Sachant que les ivoiriens sont des grands fêtards, ça t’a plu ?

D : Ah c’était très bien. Les soirées du jeudi soir c’est l’un des grands moments d’HEC. En plus, il paraît que je savais danser, alors que je pense être un mauvais danseur mais bon, au pays des aveugles les borgnes sont rois ! Donc on venait me chercher tous les jeudis en me disant : « Viens Daou’ on va à la soirée parce que tu danses bien ! ». Moi je danse bien ? Bon et bien allons-y ! (rires)

HU : C’est ton meilleur souvenir d’HEC ?

D : Non quand même pas ! Le meilleur souvenir c’était la cérémonie de remise des diplômes, qui venait d’être instituée, qui était très symbolique et formelle. Je me souviens aussi d’une soirée qu’on avait faite avec mon co-douche. On avait rassemblé 26 nationalités qui circulaient entre les deux chambres. Dans 24m2. C’était un grand moment de brassage culturel, c’était magnifique.

“On a envie que les jeunes se disent : « Tiens Daouda a fait HEC, il vient d’une famille modeste, il n’est pas plus intelligent que moi, mais il l’a fait donc je peux le faire ! » C’est cette envie qu’on veut créer.”

HU : À propos de ce brassage culturel, la stratégie d’HEC est de devenir une école multiculturelle ouverte sur le monde. Qu’en penses-tu ?

D : Je signe tout de suite ! Il n’y a rien de mieux que les relations humaines. On donne, on reçoit, c’est ce qui nous permet de nous améliorer et de nous ouvrir sur le monde entier. C’était un enrichissement mutuel qui n’a pas de prix.

HU : Qu’est ce qu’HEC t’a apporté ?

D : De la confiance en moi. En sortant d’HEC, on ne se dit pas que tout est gagné, mais on se dit qu’on a un label qui va nous ouvrir certaines portes et d’arriver à des niveaux qu’on aurait peut être pas imaginés ou soupçonnés. Ça c’est confirmé en sortant de l’école, ça m’a changé la vie. Le réseau, les amis, les professeurs. Quand j’étudiais à Abidjan, l’un de mes livres de chevet c’était le Kotler et Dubois, et j’ai eu Kotler en cours à HEC ! Pareil pour le Vernimmen, avoir Pascal Quiry comme professeur, c’est quelque chose qu’on ne réalise pas avant de finir le cours et qu’il vous donne une note disant que vous avez le niveau ! Ce sont des sommités ! C’est l’ensemble de toutes ces choses qui fait la richesse d’HEC.

HU : Est ce que tu as un exemple dans ta vie où HEC t’a permis de faire quelque chose que tu n’aurais pas pu faire sinon ?

D : Je pense que si le Crédit Agricole a accepté de me prendre en expatriation c’est parce que j’avais le label HEC. Rappelons le contexte. Fin 2004 début 2005, c’était la fusion enetre le Crédit Agricole – Indosuez et le Crédit Lyonnais. Je suis arrivé comme contrôleur de gestion de la Direction des Ressources Humaines. Dans un contexte de fusion, il faut gérer les effectifs et réduire les coûts, car les ressources humaines sont l’une des charges les plus importantes dans une banque. J’étais en contact avec la direction générale du groupe et avec le directeur financier du Crédit Agricole pour gérer cette enveloppe de 500 millions d’euros.

Pourquoi auraient-ils choisi quelqu’un comme moi, qui venait d’une filiale africaine appartenant au Crédit Lyonnais – qui était absorbé-, qui n’était pas connu et qui n’avait jamais fait ça, si je n’avais pas eu le label HEC ? Le label signifiait que j’étais capable de m’en sortir même si j’étais dans une situation difficile.

HU : Parlons un peu plus du réseau, dans lequel tu es très impliqué puisque tu es le président du « chapter » ivoirien, qui regroupe les anciens HEC travaillant en Côte d’Ivoire.

D : On avait commencé à monter un réseau formel avec des amis dès que je suis rentré de Paris. On voulait utiliser nos compétences pour participer au développement de l’économie ivoirienne. En 2010 on m’a demandé de prendre la présidence du groupement local au cours d’une Assemblée générale constitutive. Avec l’aide de mon équipe bénévole on essaye depuis de faire connaître HEC en Côte d’Ivoire et de fédérer les Anciens qui y vivent. Ce sont des choses qui nous prennent du temps mais nous avons envie de donner un peu de ce qu’on a reçu. HEC m’a apporté énormément, et, si je ne peux pas tout rendre, j’essaye d’apporter un petit peu.

L’une de nos actions a consisté à mettre en place le « HEC Day ». Nous regroupons, une fois par an, tous les ivoiriens qui sont capables de rentrer à HEC: les lycéens qui peuvent intégrer des classes prépa, les étudiants en faculté qui peuvent passer les concours parallèles, les professionnels qui peuvent postuler aux Executive Masters, ou encore les enseignants qui voudraient faire un doctorat. Des alumni viennent présenter le programme qu’ils ont fait, ce qui permet aux ivoiriens de se dire que c’est possible. HEC est vue ici comme une école d’élite difficile d’accès. Mais on a envie que les jeunes se disent : « Tiens Daouda a fait HEC, il vient d’une famille modeste, il n’est pas plus intelligent que moi, mais il l’a fait donc je peux le faire ! » C’est cette envie qu’on veut créer.

Et ça marche ! Nous étions 20 alumni dans le chapter il y a quelques années, nous sommes aujourd’hui 95. Parmi les diplômés d’HEC de l’année dernière, les ivoiriens représentaient l’un des contingents les plus importants. 16 ivoiriens ont diplômé de l’Executive MBA l’année dernière et 5 ont été admis à la Grande École. C’est l’une de nos fiertés car c’est une fantastique opportunité pour eux comme pour le pays.

HU : La devise d’HEC c’est « Apprendre à oser ». Quelle est la tienne ?

D : J’aime bien cette devise, sa version anglais aussi : « The more you now the more you dare ». Et j’ajoute « more you share ».

HU : Est ce qu’il y a un message que tu voudrais faire passer à HEC ?

D : Je pense qu’HEC devrait se tourner vers l’Afrique. C’est le monde de demain et il faudrait qu’HEC entre de façon durable en Afrique.

… or pick a category…
…or an Alumnus

Jean-Paul Castaigne (E.87) – Saving Lives and Life Savings

Jean-Paul is currently developing the first drug candidate that could efficiently prevent premature labour, which could imply saving thousands of lives every day.
About: Biotechnology - Premature birth - Drug development

Béatrice Vaugrante (M.86) – Rebel With A Cause

Some HEC work to optimize profit margins, others fight for Human Rights
About: Indigenous People - Saint Laurent - Ethics

Jonathan Benhamou (H.07) – The Guy who Never Had a Boss

Jonathan is doing so good that François Hollande came to New York to visit his company
About: French Tech - Optimism - Super Dad

Laurence Loyer (H.92) – Gathering Energies

Talking to Laurence we realized how stupid it is to play solo in a company. From a board member perspective, the higher you get in the hierarchy, the more connected to other people in the company you must be.
About: Finance - Team Spirit - Asados

Florence Chataignier Mars (H.99) – Why so Serious?

Florence pretends she was very not funny and un-cool when she was 20. Should we understand she is now? Only you can tell.
About: TV production - Maturity - Yoga or not yoga

Angélique Kamara (H.09) – The Social Networker

What are you going to do on Facebook 10 years from now?
About: Artificial Intelligence - Paragliding - Be Kind