Hicham Guedira & Ali Seddiki (H.10)
A la Scene comme à la Ville

Rabat. Hicham et Ali, deux potes de la même promotion d’origine marocaine, ont décidé il y a peu de rentrer au pays pour conseiller le Ministre de l’Industrie. Encore en congé, ils nous ont reçu ensemble pour une interview croisée. Les deux amis nous racontent leurs parcours, leur métier, parlent avec passion de l’avenir de leur pays, et d’HEC,  cette école où ils ont forgé une amitié plus solide que jamais maintenant qu’ils travaillent ensemble tous les jours.

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HU: Merci de nous recevoir aujourd’hui dans cette magnifique maison. Comme le veut la tradition, on va commencer par un petit portrait chinois. Donc si vous étiez une couleur…

Hicham: Bleu

Ali : Gris

HU : SI vous étiez un animal ?

Ali : Un loup. Il y a le côté solitaire et chef de meute à la fois. J’aime avoir ce petit côté protecteur avec mes équipes.

Hicham : Mon signe du zodiaque, le lion.

Ali : Ah c’est bien lion. C’est mieux lion (rires). Bien joué.

HU : Un plat.

Hicham : Un couscous parce que c’est bon et que ça se partage.

Ali : Vu que je suis très branché yoga, je dirais une salade de quinoa. (rires)

HU : Une chanson ?

Ali : Je sais pas pourquoi mais j’ai la chanson People are Strange des Doors qui me vient en tête.

Hicham : Un morceau de Fela Kuti, de 1986, 2000 Blacks got to be free. C’est une prophétie annonciatrice du réveil de l’Afrique. La musique est une bonne fusion entre beaucoup de styles musicaux, avec des paroles d’espoir. J’espère que ça se réalisera, ou que c’est en train de se réaliser.

Ali : Ah mais c’est beaucoup mieux argumenté que moi !

HU : Un film ?

Ali : Lost Highway, de David Lynch. D’abord parce que j’adore le cinéma de David Lynch, et ensuite pour la décomposition du scénario. Il y a trois temps forts et c’est un peu comme ça que j’imagine la vie : des temps qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. Tu renouvelles des expériences et parfois tu en redémarres de nouvelles. On n’est plus à l’époque où on suivant un chemin bien précis, une carrière dans la même entreprise. Aujourd’hui tu te réinventes et ce que ce film a de particulier, c’est qu’il se réinvente sur trois temps.

Hicham : Je vais dire Star Wars VII parce qu’on en sort, mais je vais passer mon tour.

Ali : The Big Lebowski sinon.

Hicham : Ah oui, tellement ! C’est un monument de l’absurde.

HU : Si vous étiez un péché ?

Hicham : La paresse, dernier mot.

Ali : Oui pareil. Mais être paresseux n’est pas forcément négatif, parfois ça t’amène à regarder les solutions les plus simples, à être un peu plus rapide et à aller droit au but.

Hicham : Ca peut être une qualité en fait.

Ali : Je pense que c’est une qualité. J’avais une prof de maths qui me disait qu’il fallait être paresseux. Quand on était bon en maths on était paresseux.

HU : Un objet ?

Hicham : Des baguettes de batterie.

Ali : Une guitare pour moi, pour les mêmes raisons que toi.

HU : Un sport ou un jeu ?

Ali : Moi le golf. C’est le sport auquel je joue depuis que je suis petit. C’est un sport qui me correspond bien : pas forcément très physique mais stratégique: il faut rester très calme, mesuré, et chaque coup compte.

Hicham : La Formule 1. Je suis le championnat depuis 15 ans et j’adore la dimension stratégique de ce sport.

HU : Un livre ?

Ali : Celui qui m’a marqué et que je lis souvent c’est La Sobriété Heureuse de Pierre Rabhi. Il y a eu un avant et un après la lecture de ce livre là pour moi. Je l’ai lu à un moment où je réfléchissais à ma carrière. J’étais à Paris et j’ai trouvé beaucoup de réconfort dans ce livre là, qui m’a aidé à aller à l’essentiel et à me débarrasser du superflu pour faire mes choix.

Hicham : Je dirais La Mort Heureuse de Camus. C’est un peu une sorte de brouillon de L’Étranger. C’est un texte moins abouti mais qui explore les mêmes thèmes et il y a déjà une belle réflexion sur la vie, son côté absurde, et donc la nécessité de trouver le sens ailleurs.

HU : Fin de la torture, maintenant on va parler de vous. Est ce que vous pouvez résumer le parcours professionnel de l’autre en seulement 30 secondes ?

Hicham : Ali est diplômé d’HEC promo 2010, comme moi. Il est passé par la Majeure Entrepreneurs, l’auguste majeure Entrepreneurs. Après il a passé 5 ans en conseil en stratégie à Paris, chez Stratorg, avant de rejoindre le Ministère de l’Industrie à Rabat.

Ali : Hicham a lui aussi été diplômé d’HEC en 2010. Il a majoré dans la non moins auguste Majeure Stratégie. (À Hicham) Tu devais me rejoindre en majeure Entrepreneurs mais finalement tu as choisi la majeure Strat’ d’ailleurs. Hicham a ensuite passé plusieurs années chez Bain & Company, dans lequel il a fait ses classes avant de rejoindre le cabinet du ministre de l’Industrie, dans lequel on travaille ensemble maintenant.

Ali: “Pendant des années, le Maroc a subi la fuite des cerveaux en enfin les talents reviennent au Maroc, qui redevient sexy.”

HU : Peut-on profiter de l’occasion d’avoir deux spécialistes pour nous présenter rapidement l’économie marocaine ?

Hicham : Au début des années 1980, l’économie marocaine se détériorait. En 1983, le FMI est intervenu et a imposé un programme d’ajustement structurel, qui a été aussi dur pour l’ensemble de l’économie. Dans les années 1990 on a alterné entre bonnes et mauvaises années à cause de la sécheresse. Donc entre 1980 et 2000, l’économie marocaine a progressé tout en restant vulnérable car trop dépendante de sa production agricole et sans bases industrielles.

Il n’y avait que le phosphate, mais son prix n’était pas très élevé à l’époque. Le Maroc n’était donc ni un État rentier ni un État industriel. L’accélération est arrivée en 1994, suite à plusieurs accords commerciaux. Aujourd’hui, on est en accord de libre échange avec l’Union Européenne, les Etats-Unis, la Turquie et de nombreux autres pays.

Il y a donc d’abord eu l’ouverture l’internationale, puis les infrastructures: des investissements colossaux qui ont été fait, comme pour la construction du port de Tanger ou du réseau autoroutier. Quand on est parti du Maroc, l’autoroute ne reliait que Rabat à Casablanca, avec quelques bretelles par ci par là. Aujourd’hui, on peut quasiment aller partout.

Ali : Les progrès sont hallucinants. Sur le taux d’électrification aussi. Dans les années 1990, des régions entières n’étaient pas électrifiées. Il en va de même pour l’accès à l’eau potable. Alors oui on dépend toujours de l’agriculture et donc de la météorologie, mais l’objectif est de devenir un pays industrialisé. C’est le rôle du ministère.

HU : Qu’est ce qui vous rend heureux d’aller travailler le matin ?

Ensemble : Ce doit être la même chose je pense.

Hicham : En partant le matin, on sait que quoi qu’on fasse ça aura un impact, on espère non nul, sur le Maroc, même si ce n’est pas toujours à court terme. On se dit que tout ce qu’on fait a du sens par rapport au développement du Maroc, de son industrie, de ses opérateurs. L’idée même d’avoir un impact réel, même indirect, sur la vie des gens, c’est ce qui nous motive.

Ali : C’est même ce qui m’a motivé à quitter la France. J’y étais très bien, c’était mon deuxième pays, mais à un moment s’est posée la question du sens, et j’ai trouvé la réponse ici. On apporte ici, où il y a un vrai besoin, nos compétences, du « process », des méthodes…

Pendant des années, le Maroc a subi la fuite des cerveaux en enfin les talents reviennent au Maroc, qui redevient sexy : c’est un pays qui émerge, un terrain vierge. Notre génération veut changer les choses et modifier en profondeur la société et notre métier nous offre cette possibilité. On apporte notre pierre à l’édifice et on contribue à l’émergence du Maroc, depuis bientôt deux ans.

Hicham: “On est un peu des consultants en stratégie couteau-suisse et on rend compte au ministre de l’Industrie et à son ministre délégué.”

HU : Est ce qu’en deux ans, vous voyez déjà les impacts de votre travail ? Est ce qu’il y a une recommandation ou un plan dont vous êtes fiers ?

Hicham : On ne dit pas que c’est notre travail mais le travail de tout le ministère, dont la dynamique est lancée par le ministre et son ministre délégué. Mais on a déjà vu le moment, depuis notre arrivée, où le vent a tourné. On a vu arriver de nouveaux investisseurs, des japonais, des chinois, des coréens, qui comprennent que notre stratégie est cohérente depuis 10-15 ans, que le Maroc a un vrai coup à jouer et qui décident d’y investir.

Et puis étant donné que chacun de nous suit un secteur particulier, l’aéronautique pour Ali et l’industrie automobile pour moi, on a vu, dans nos secteurs, des réalisations dont nous sommes fiers.

Ali : La récente installation d’un acteur comme Stelia, pour moi dans l’aéronautique, c’est une vraie victoire ainsi qu’un signal très fort envoyé au marché et à l’international. Notre « track record » s’améliore à vue d’œil et nous positionne de mieux en mieux sur l’échiquier mondial.

Nous ne sommes pas du tout politiques et notre approche reste une approche terrain, concrète, pragmatique. Les venues d’Airbus, de Boeing ou d’équipementiers sont autant de victoires quotidiennes. Les engagements du secteur privé de créer des emplois aussi: 23,000 emplois seront ainsi crées dans les 5 prochaines années, on va tripler les effectifs actuels, c’est juste énorme !

HU : Est ce que vous avez déjà du faire face à un choix difficile dans votre vie professionnelle ? SI oui, qu’est ce que vous en avez appris ?

Ali : Le moment où j’ai quitté le cabinet de conseil dans lequel je travaillais à Paris. J’y étais très bien, en « fast track », tout se passait pour le mieux, pour mon épouse et pour moi-même. Mais une partie de moi restait insatisfaite et voulait que je revienne au Maroc. Je sentais une sorte de responsabilité : j’ai eu la chance d’étudier et de travailler à l’étranger mais je ressentais l’appel du pays.

Mais le choix reste difficile parce que tu es installé, à Paris, tu es français de cœur, avec tous tes amis, et le changement est radical. J’avais quitté le Maroc depuis tellement longtemps, sans y avoir travaillé, ce n’était pas totalement mon pays et je ne savais pas non plus ce que j’allais trouver en rentrant. C’était donc un choix très difficile, que j’ai mûri pendant plus d’un an avant de prendre ma décision et puis à un moment le cœur a pris le dessus sur la raison, qui me disait de rester, car tout se passait bien pour ma femme et moi.

Hicham : J’ai eu un problème analogue. J’avais décidé de rentrer au pays et j’avais le choix entre un poste dans le privé, avec toutes les caractéristiques attendues quand on sort d’HEC, de belles responsabilités et un environnement idéal pour travailler vite et bien, et cette possibilité au ministère, qui était un peu plus une plongée dans l’inconnu. Le choix n’était finalement pas difficile et le cœur a parlé, pour moi aussi.

Hicham: “On agit comme un méga fond d’investissement, avec des critères publics et à la différence que nous n’investissons pas dans le capital”

HU : Quelle est votre journée type ?

Ali : Le travail qu’on nous demande de faire varie énormément. Tu peux plancher sur la rédaction d’un discours, la préparation d’une présentation que tu affines depuis plusieurs mois ou de notes plus ponctuelles pour le ministre, tu peux animer une réunion avec un investisseur ou un partenaire institutionnel…

En tant que chargé de mission, tu avances sur tes dossiers, tout en apportant de nouvelles idées, mais tu as aussi des imprévus. Tu finis parfois très tard mais à la différence du cabinet de conseil, il n’y a pas d’obligation de production de livrables. C’est « spot ».

Hicham : On peut aussi être amené à rencontrer des opérateurs dans une fédération – regroupement institutionnel de professionnels d’une même industrie qui se regroupent et élisent un bureau – à Agadir, Fès ou Tanger, rédiger une synthèse pendant le voyage de retour, l’envoyer une fois rentré à Rabat.

On est un peu des consultants en stratégie couteau-suisse et on rend compte au ministre de l’Industrie et à son ministre délégué.

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HU : Parlons du ministère de l’Industrie plus en détail. Quels sont ses grands axes d’action ?

Hicham : Je fais les écosystèmes tu fais les moyens de soutien ?

Ali : Allez !

Hicham : La principale stratégie sur laquelle nous travaillons c’est la stratégie industrielle: le Plan d’Accélération Industrielle. Ce plan, lancé est avril 2014, est la troisième vague de politique industrielle depuis 2005, après les plan Émergence 1 et Émergence 2.

L’approche est cette fois un peu différente, car très orientée sur les écosystèmes.

On travaille avec les opérateurs, on identifie leurs besoins, leurs défis, on construit un vrai « business case » sur leur développement sur le marché marocain et à l’international et on identifie ce dont ils ont besoin, les intrants, les fournisseurs qui manquent et que nous avons besoin d’attirer. On essaye de compléter les trous dans la raquette pour faire un véritable écosystème industriel complet. Puis on signe un contrat de performance, sur le modèle français.

Et pour aider ces écosystèmes à se constituer, on a toute une panoplie de moyens de soutiens.

Ali : On a du foncier à mettre à disposition aux acteurs à des prix qui ne pénalisent pas l’investissement. On a un fond de développement industriel qui peut aider les entreprises à pérenniser leur activité. On dispose aussi d’un arsenal juridique qui va nous aider à régler des problèmes entre les secteurs privés et publics, qui ne se parlent pas suffisamment, et mettre ainsi à jour certaines lois devenues obsolètes. On aide aussi en allant chercher des investisseurs internationaux grâce aux différentes agences sous tutelle du ministère, qui nous aident à les séduire.

La formation est aussi un enjeu majeur. Il ne s’agit pas seulement de s’engager sur des créations d’emploi, il faut aussi que ces emplois soient pourvus et il faut avoir les bons profils.

Hicham : Sur ce point, le Maroc agit d’une manière unique au monde. Une fois qu’on a construit le business case avec les acteurs, on décline tous leurs engagements de création d’emploi par année, par région, et par profil, ce qui permet ensuite, avec le maillage de centres de formation du ministère, de former en amont. Imaginons qu’on ait besoin, pour 2018, de 3,000 employés formés et disponibles à Tanger, les formations seront lancées avant pour que les opérateurs puissent les recruter le jour J.

On agit comme un méga fond d’investissement, avec des critères publics et à la différence que nous n’investissons pas dans le capital. On a une enveloppe, décidée en 2014 et valable jusqu’en 2020, de 20 milliards de dirhams, soit 1,9 milliards d’euros, avec des objectifs à atteindre. Lorsque que les contrats de confiance sont respectés, on peut débloquer d’autres fonds, et ainsi de suite, jusqu’à composer un tissu industriel complet.

Ali: “La vocation africaine du Maroc, c’est donc travailler d’égal à égal avec nos pays voisins, et non pas imposer un modèle. C’est une vraie coopération.”

HU : Et en Afrique plus largement ? On a appris que ce plan était aussi destiné à réaliser la « vocation africaine du Maroc », et à faire du Maroc un acteur majeur sur le continent. Comment le ministère de l’Industrie œuvre-t-il à la réalisation de cette vocation ?

Hicham : C’est une orientation qui a été donnée par Sa Majesté Mohammed VI pour que les opérateurs et les organismes publics marocains se projettent vers l’Afrique. Se projeter ça veut dire renforcer les liens diplomatiques, économiques et commerciaux avec les autres pays d’Afrique, dans une vraie démarche de coopération Sud-Sud, d’égal à égal.

Donnons un exemple. On a développé le statut d’auto-entrepreneur au Maroc, qui est très différent du statut français, dans le but de formaliser les activités informelles. C’est une problématique qui intéresse beaucoup de pays africains et deux délégations de pays amis sont venues nous rendre visite et ont fait des séances de travail avec nous pour voir s’il peuvent répliquer ce statut chez nous.

Ali : D’un point de vue économique, on travaille aussi sur des accords d’échange bilatéraux et de nombreuses délégations se déplacent en Afrique, maintenant même dans des pays d’Afrique anglophone, pour trouver de nouveaux partenaires.

Le potentiel africain est énorme et le Maroc a déjà rencontré certaines problématiques que d’autres pays d’Afrique rencontrent actuellement. On partage notre expérience et on synthétise les retours d’expérience des autres pays pour éventuellement les intégrer à nos problématiques. La vocation africaine du Maroc, c’est donc travailler d’égal à égal avec nos pays voisins, et non pas imposer un modèle. C’est une vraie coopération.

Hicham : Qui plus est, le Maroc a déjà beaucoup d’opérateurs présents dans toute l’Afrique: des banques, des acteurs dans l’immobilier, dans l’assurance… Cela nous donne de l’expérience, que nous pouvons partager avec de potentiels investisseurs non-africains qui veulent investir en Afrique. Un jeu à trois, dans lequel le Maroc occupe le rôle de piston, se met en place et peut entraîner un cercle vertueux dont tout le continent bénéficierait.

Ali : On aide aussi les investisseurs non-africains à travailler dans ces marchés qu’ils connaissent moins alors que nous, marocains, sommes plus au fait de ces mécanismes et de ces façons de travailler, donc on sert aussi de traducteurs, de trait d’union entre pays développés et pays africains.

HU : De quoi vous rêvez pour le Maroc ? Ou est ce que vous aimeriez que le Maroc soit en 2050 ?

Hicham : 2050 ? La Corée du Sud.

Ali : C’est un bon objectif. Avoir comme eux un ministère de l’économie de la connaissance. On aurait dépassé les problèmes de formation et on produirait de la science.

Hicham : Et on serait occupés à gérer cette science produite.

Ali : On ferait rentrer nos brevets et nos recherches comme des exportations, commes les sud-coréens.

Ali : “Le potentiel existe. Le Maroc a énormément d’atouts, dont on parlait avant, comme la proximité avec les pays développés ou les infrastructures. Mais ce qui freine encore c’est le manque d’éducation et de formation, dans de nombreux domaines.”

HU : Parlons un peu de Rabat maintenant. Où est-ce que vous passez vos dimanches après midi ?

Ali : Le dimanche après-midi c’est pas l’idéal, Rabat est particulièrement vide. (rires)

Hicham : Il faudrait changer le jour, plus pour samedi.

Ali : La tradition ici c’est que le dimanche on ne fait rien. On ne sort pas de la maison ou on va dans d’autres maisons. Donc je peux aller chez Icham ou Icham chez moi, et on fera de la musique.

HU : Vous faites de la musique tous les deux ?

Hicham : Oui ! je fais de la batterie, j’en faisais à HEC.

Ali : Et moi je suis chanteur et guitariste. Il ne nous manque qu’un bassiste. Hicham est meilleur batteur que je ne suis guitariste.

Hicham : Il est très gentil (rires).

HU : Qu’est ce que vous aimez jouer ?

Hicham : Un peu de tout. On aime la même musique, avec une petite préférence pour la funk.

HU : Vous nous faites une petite chanson ?

Ali : Non pas tant que la caméra tourne ! Et il pleut déjà ! (rires)

HU : Ok, revenons à Rabat. Si vous aviez 24h à vivre à Rabat avant de ne plus jamais y retourner, qu’est ce que vous feriez ?

Ali : Bonne question. Moi je suis exactement ce que je ferais. Y a un chemin pour observer la vallée du Bouregreg, le long des remparts de la ville. Je ferai donc le tour de la ville en passant devant le Palais Royal, je suis le chemin pour avoir la vue sur la vallée du Bouregreg, je passe à côté de la tour Hassan et du mausolée et on arrive sur les Oudayas avec le fleuve du Bouregreg qui se jette dans l’océan atlantique. C’est magnifique. Sans être trop chauvin, ça fait de Rabat une des plus belles villes du monde.

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Le fleuve du Bouregreg et derrière, la tour Hassan II

Hicham : Je ferais un peu la même chose, je me perdrais dans la médina, parce que j’ai des liens familiaux avec la médina de Rabat, mon grand père tenait un magasin là bas. J’ai toujours passé mes week-ends là bas. Il y a tellement de rues, tellement de choses à voir, on peut s’y perdre pendant une journée complète, sans problème.

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HU : Quel est le challenge pour le Maroc qui vous importe le plus ?

Hicham : L’emploi.

Ali : Oui, la formation. Les deux sont liés.

Hicham : C’est parce qu’il n’y a pas de bonne formation que les emplois peinent à être pourvus et c’est dans ce rapport entre formation et emploi que tout se joue aujourd’hui.

Ali : Le potentiel existe. Le Maroc a énormément d’atouts, dont on parlait avant, comme la proximité avec les pays développés ou les infrastructures. Mais ce qui freine encore c’est le manque d’éducation et de formation, dans de nombreux domaines.

HU : Ce n’est pas la première fois qu’on nous donne cette réponse. Est ce que c’est parce que c’est une préoccupation récente ?

Hicham : C’est une préoccupation depuis longtemps, mais il y a une telle inertie sur ce secteur, avec des causes multiples, que le problème est devenu de plus en plus préoccupant.

Ali, moi, et d’autres, on a eu de la chance. On est nés dans des milieux qui nous ont permis d’aller à l’école française, d’étudier puis de travailler en France, donc l’emploi pour nous n’a jamais été un problème, mais si on prend notre classe d’âge, c’est un problème pour une large partie des jeunes. Le chômage des jeunes est à plus de 23% alors que la démographie est très dynamique. Il y a urgence.

Ali : Rien de mieux à dire.

Hicham: “Backstage c’était un bon souvenir. Cette ambiance troupe, ces week-ends de répétition, ce sont des souvenirs que je garderai toute ma vie.”

HU : Pour revenir à des choses plus légères, parlons d’HEC. Remettez-vous dans le contexte, on revient dans le temps. Quel était votre endroit préféré sur le campus ?

Hicham : Le local de l’Assrock. Tellement.

Ali : Moi ça reste le lac. Je me suis toujours senti privilégié d’étudier près d’un endroit pareil.

HU : Quel est votre meilleur souvenir d’HEC ?

Ali : Il y en a eu beaucoup quand même.

Hicham: Oh oui !

HU : Mais si vous deviez en garder un ?

Hicham : J’en garderais deux. Le Boom 2008, c’était mémorable. Eric Kaufmann et Benny Benassi aux platines c’était vraiment une soirée mémorable.

Ali : Moi c’était Cyndi Sander. Non je rigole. (rires) Mais c’était la même soirée ! (rires)

Sinon je garderais la cérémonie de départ, présidé par Bernard Ramanantsoa.

Hicham : Ah c’était mon deuxième choix. Son discours était exceptionnel. Je lui avais demandé une copie de son discours, mais il m’avait dit que ce n’était pas filmé ni enregistré exprès. C’était le discours le plus personnel qu’il nous a fait dans toute notre scolarité.

C’était un être humain, dans sa subjectivité, qui nous parlait, en tant qu’ancien de l’école. Il nous donnait des conseils pour notre carrière, mais rien n’était lié à nos vies professionnelles. Il nous parlait d’amour en fait, c’était fascinant.

HU : Si on parle d’associations, est ce qu’il y a un souvenir qui vous revient ?

Ali : Moi je n’en ai pas en tête. Pour ne rien cacher, je n’étais pas très souvent sur le campus, je vivais à Paris. Mais je dirais Backstage, parce qu’Hicham y était et que leur performance était incroyable.

Hicham : Ouais Backstage c’était un bon souvenir. Cette ambiance troupe, ces week-ends de répétition, ce sont des souvenirs que je garderai toute ma vie.

HU : Est ce que vous conseilleriez à quelqu’un d’étudier à HEC auourd’hui ?

Ali : Complètement.

Hicham : Plus encore aujourd’hui qu’à l’époque où on y était.

Ali : La première raison qui me vient en tête, c’est pour les gens qu’on côtoie. Que ce soient les professeurs, l’administration et surtout les élèves, les gens m’ont apporté énormément. Au delà de la qualité des cours, je retiens les échanges avec mes camarades de promo. Les gens à HEC sont exceptionnels.

Hicham : En plus, il y a une grande mixité des profils, et je ne crois pas qu’il y ait d’HEC type. Dans notre promotion, il y avait des gens de tous les coins de la France et de l’étranger, qui avaient tous des idées et des objectifs de vie très différents. C’est ce mélange qui crée la culture d’HEC à mon avis, à la fois d’excellence sans être prétentieuse.

Je me souviens d’un cours de religion et culture, qui, jusqu’à aujourd’hui, a été mon meilleur cours sur l’Islam. C’était un frère jésuite qui nous a fait le cours et c’est le meilleur cours que j’ai eu sur l’Islam ! Mieux que ceux de la Sorbonne. Deux heures inoubliables.

HU : Si vous aviez un conseil à donner à un HEC de 20 ans, que lui diriez-vous ?

Ali : Vivre l’expérience à fond et se laisser porter. Profiter de ces années pour faire un maximum de choses.

Hicham : Être curieux sur le campus et s’enrichir des expériences académiques et non académiques. Il faut sortir sans regret et avoir vécu pleinement l’expérience.

Ali : Sinon je conseille aussi d’aller en cours de Corporate Finance. Parce que si on espère passer en révisant une semaine avant…

Hicham : Ca ne marche pas. (rires)

Ali : Oui et si les POW sont toujours le jeudi soir et que les cours de finance sont le vendredi matin, il faut quand même y aller.

Hicham : Ou faire une requête à l’administration. Pas de cours de le vendredi matin.

Ali : Pas à 8h en tout cas. (rires)

HU : La devise d’HEC c’est « Apprendre à oser ». Quelle est la votre ?

Ali : « Sois remarquable » ! (ils rient tous les deux à cette private joke) C’est la devise du ministère. J’aimais bien la devise d’HEC Entrepreneurs, c’est un peu mon côté secte HEC Entrepreneurs mais c’est « Jetez les à l’eau ils apprendront à nager ». J’aime bien ça et ça rejoint ma réponse à la question sur le choix difficile. Y a un moment où il faut juste y aller et puis on se débrouille une fois qu’on y est.

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