Issa Sidibe (H.10)
Les Racines et le Jet

Abidjan. Issa nous a reçus en plein déménagement de sa start-up TaxiJet. Nouveaux locaux, nouvelle échelle, TaxiJet dispose désormais d’une flotte propre de 40 voitures en plus des innombrables taxis – triés sur le volet – qui ont déjà été équipés de smartphones pour mieux servir les Abidjanais. Il nous a raconté simplement son retour au pays, mu par un projet d’entreprise qu’il porte depuis le début. Place à ses mots, nous, il nous a appris pas mal de choses…

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HU : Bonjour Issa ! Comme le veut la tradition, nous allons commencer par un portrait chinois. Donc, si tu étais … une couleur ?

IS : Le bleu

HU : Un animal ?

IS : Un chien

HU : Une chanson ?

IS : Sweet Fanta Diallo, d’Alpha Blondy

HU : Un film ou une série ?

IS : Prison Break

HU : Un péché ?

IS : Le chocolat

HU : Un objet ?

IS : Un ordinateur

HU : Un sport ou un jeu ?

IS : Le football

HU : Un livre ?

IS : L’étranger, Albert Camus

HU : Un héros ou un superhéros ?

IS : Didier Drogba

HU : Pourrai-tu nous résumer ton parcours professionnel en 30sc ?

IS : En 30 secondes : Sidibe Issa, ingénieur de formation diplômé de l’INPHB, j’ai ensuite intégré HEC. Durant ma formation à HEC j’ai effectué des stages chez HSBC en finance et dans le fond d’investissement Tikehau Capital. Ensuite j’ai intégré un cabinet de conseil à Paris où je faisais du conseil en banque et puis j’ai travaillé à la Société Générale au Luxembourg. Après cette expérience j’ai décidé de rentrer pour travailler sur TaxiJet et développer le projet avec mes deux autres associés, eux aussi d’HEC.

“Abidjan, comme toutes les métropoles Africaines, a un problème de transports”

HU : Qu’est-ce qui te rend heureux d’aller travailler le matin ?

IS : C’est de monter une start-up en Afrique qui répond à une problématique bien donnée, en l’occurrence dans le transport. C’est quelque chose qui rend heureux de savoir qu’on monte un projet qui deviendra, je l’espère, une grande entreprise. C’est un challenge excitant et qui donne envie de venir au boulot !

HU : Quelle est la problématique des transports en Côte d’Ivoire ?

Un taxi Abidjanais

IS : Abidjan, comme toutes les métropoles Africaines, a un problème de transports. L’offre n’est pas adaptée à la demande en terme de sécurité, de visibilité sur les prix et de confort. Par exemple la moyenne d’âge des voitures de taxi à Abidjan est de 15 ans !

Il y a des agressions toutes les semaines dans les taxis, que ce soit des chauffeurs ou des usagers. Il y a des négociations interminables sur le prix entre le chauffeur et le client.

TaxiJet répond à ces trois problématiques.

  1. Nous offrons des véhicules neufs – lorsqu’il s’agit de notre flotte propre – ou bien des véhicules très confortables qui ont été rigoureusement sélectionnés.
  2. Nos véhicules sont traqués par G4S, leader mondial de la sécurité.
  3. Le client connaît les prix au moment de sa commande

HU : Peux-tu nous décrire un peu plus précisément qu’est-ce que TaxiJet offre à ses clients ?

Borne TaxiJet

IS : Il y a 3 moyens principaux pour réserver un véhicule avec TaxiJet. Le client peut utiliser notre application iOS et Androïd, notre call center ouvert 24h/24 ou notre site internet www.taxijetci.com. Il existe aussi aujourd’hui un quatrième moyen, via des bornes que nous avons placé dans des mall grace à notre partenariat avec le leader Ivoirien de la distribution. TaxiJet est donc une solution multi canal de réservation de véhicules.

“On a fait ouvrir un compte bancaire à tous nos chauffeurs de taxi. Aucun n’avait de compte bancaire”

HU : Quelles sont les différences entre Uber et TaxiJet ?

IS : Notre modèle est totalement différent. Le modèle Uber se construit contre les taxi alors que nous construisons le nôtre avec eux. Nous avons des réunions quasiment quotidiennes avec les propriétaires et les chauffeurs de taxi que nous aidons à se structurer. Parallèlement nous savons aussi que le marché a ses contraintes, certains clients Abidjanais ne veulent pas entendre parler de Taxi mais ont besoin de mobilité. On sait aussi que les trajets vers ou depuis l’Aéroport nécessitent des coffres plus grands. Il y a une clientèle expatrié qui a besoin de se déplacer en toute sécurité mais sans détenir son véhicule. On essaie de répondre à toutes ces problématiques là mais le cœur de notre business c’est surtout d’accompagner les chauffeurs et propriétaires de taxi à améliorer leur revenu et à se structurer.

HU : Aider les acteurs du Taxi à s’insérer dans une activité formelle et organisée c’est l’avenir de ce métier de service en côte d’Ivoire ?

IS : Oui c’est l’avenir. Pour donner un exemple, aujourd’hui on a fait ouvrir un compte bancaire à tous nos chauffeurs de taxi. Aucun n’avait de compte bancaire. On a financé cette ouverture de compte car ca contribue à accroitre le taux de bancarisation du pays, même s’il s’agit de volumes qui restent faibles. Surtout, ca leur permet de rentrer dans une logique d’épargne, de prévision et de commencer à construire leur vie. Aujourd’hui être chauffeur en Côte d’Ivoire est un métier par défaut. Ce qui n’est pas normal car le métier de transporter des personnes d’un point A à un point B est noble, il faut que les chauffeurs puissent vivre de ce métier. Nous essayons donc de formaliser l’informel, il y a tout un lot de résistances mais on pense qu’on y arrivera.

HU : As-tu déjà eu à faire un choix difficile dans ta vie professionnelle ? Qu’est-ce que cela t’a appris ?

IS : Mon choix le plus difficile a été de décider d’arrêter de travailler en tant que salarié pour devenir entrepreneur. C’est une décision difficile, qui se prend avec le conjoint et la famille. Et aussi avec les convictions qu’on a. Aujourd’hui je ne regrette pas ce choix. Ca me prend beaucoup d’énergie mais toute la passion qu’il y a derrière et toute l’ambition qui grandit à mesure que le bébé grandit en fait quelque chose d’assez excitant.

HU : A quoi ressemble ta journée type ?

IS : Je pense que je n’ai pas de journée type. J’en avais une lorsque j’étais salarié. Aujourd’hui ca va de discussions avec des partenaires, des constructeurs de véhicules, des propriétaires de taxis à tout ce qui est partenariat avec de grosses entreprises. C’est aussi ce côté là qui a pesé dans la balance lorsque j’ai décidé de me lancer dans l’entreprenariat. J’ai horreur de la monotonie et TaxiJet me permet de ne pas avoir de journée type.

HU : Quel est ton rôle chez TaxiJet ?

IS : Pour schématiser, on discute avec des chauffeurs et avec des clients. Donc le gros de mon travail est d’assurer la logistique entre les deux, faire en sorte que la flotte soit disponible, anticiper les flux client et arbitrer sur taille optimale de la flotte.

HU : Quelle est votre stratégie pour vous développer en Côte d’Ivoire ?

IS : C’est une question un peu sensible… Globalement c’est de répondre à tous les dysfonctionnements qu’on a constaté dans les transports en côte d’Ivoire. Permettre aux entreprises et aux individus d’avoir accès à une solution fiable. Il y a 12 000 taxis en Côte d’Ivoire, on n’espère pas dépasser 10% de parts de marché donc la stratégie c’est de répondre au mieux aux besoins de la clientèle que l’on a ciblé.

HU : Est-ce que vous avez des ambitions sur d’autres pays ?

IS : On a forcément ces ambitions là. Je pense qu’à un moment donné, tout entrepreneur pense à une diversification géographique mais on a besoin de consolider ce que l’on a fait à Abidjan, de s’assurer que tout fonctionne avant de le dupliquer ailleurs. C’est forcément une ambition, mais pas forcément à court terme.

“L’Ivoirien n’a pas peur de tester des nouveautés, il n’a pas peur d’aller sur des produits un peu plus chers parce qu’ils sont nouveaux”

HU : Parlons un peu d’Abidjan. Qu’est-ce que tu fais le dimanche après-midi, quand tout va bien chez TaxiJet ?

IS : Quand tout se passe bien, le dimanche après midi c’est famille ou loisirs. On va parfois à Assinie une ville balnéaire pas très loi d’Abidjan avec des plages super sympa, on peut faire du jetski. Le cinema et la plage sont mes deux activités favorites.

Plage d'Assinie

Plage d’Assinie

HU : S’il ne te restais que 24h à vivre à Abidjan, qu’est-ce que tu ferais ?

IS : Déjà j’irais dans un bon resto Abidjanais pour prendre un plat typiquement Ivoirien. Ensuite l’après-midi à la plage et le soir dans un night-club de la ville avant de la quitter. Ca pourrait être le Pink Club ou le Forty Forty au plateau, qui sont des clubs que j’aime bien.

HU : Qu’est-ce que tu préfères chez les Abidjanais ?

IS : Ce sont des personnes très chaleureuses. Il y a un gros contraste avec les parisiens. Ils ressemblent plus, à ce que je sais, aux habitants du sud de la France car j’ai côtoyé des Niçois qui étaient super chaleureux aussi. Il y a la chaleur humaine, l’ouverture, ils sont toujours prêts à rendre service spontanément. On parle beaucoup, peut-être un peu trop, mais cela permet de créer l’ouverture. Le premier contact est très facile avec l’Abidjanais.

HU : Quel est le défis de la Côte d’Ivoire le plus important à tes yeux ?

IS : Je pense que c’est le défis de la paix, de la réconciliation. On sort de 15 années de crise, depuis le coup d’état de 1999 jusqu’aux élections de 2010. Il y a eu des péripéties douloureuses pour le pays, il y a eu des morts et des blessés, ce sont des plaies qui mettent du temps à cicatriser et c’est pour moi l’énorme défis de la Côte d’Ivoire aujourd’hui. C’est ce qui va définir le pays demain.

“Recruter quelqu’un en Afrique c’est nourrir 10 bouches entre guillemets. L’entrepreneur a un vrai rôle social”

HU : Es-tu un afro-optimiste ?

IS : Oui, énormément. C’est une des raisons pour lesquelles je suis rentré du Luxembourg avec une décote de salaire, parce que j’ai des projets. Si on n’est pas optimiste sur un pays ou un marché alors on entreprend pas dans ce marché, c’est une règle de base.

HU : Est-ce que la côte d’Ivoire est un bon endroit pour lancer un business dans la sous-région ?

IS : Oui, je pense que c’est le meilleur endroit. Abidjan c’est presque 5 millions d’habitants, une population d’origines diverses, une population qui n’a pas peur du changement et qui n’a pas peur de tester de nouveaux produits et de nouveaux concepts. Je pense que c’est l’endroit où investir si l’on veut se déployer dans la sous région ouest africaine.

Abidjan1

C’est un bon laboratoire pour les start-ups, les banques sont un peu frileuses mais moins que dans d’autres pays de la sous-régions. J’ai des amis HEC qui entreprennent au Burkina ou au Mali, on vit les mêmes galères sur beaucoup de sujets mais je pense qu’ils ont plus de difficultés que nous en Côte d’Ivoire. L’Ivoirien n’a pas peur de tester des nouveautés, il n’a pas peur d’aller sur des produits un peu plus chers parce qu’ils sont nouveaux. Je n’ai pas les statistiques sur les smartphones mais je sais que par rapport aux capitales africaines similaires il y a beaucoup plus de business en côte d’Ivoire.

“Lorsqu’il fallait financer ma scolarité à HEC il y a eu des cousins, des cousines, des nièces … Tout le monde a contribué”

HU : Est-ce que tu penses que l’entrepreneur a une mission sociale ?

IS : Je suis parfaitement convaincu que tous les entrepreneurs dans le monde ont une mission sociale car ils créent des emplois et donc soutiennent des familles. En Afrique encore plus parce que au delà de la famille normale il y a la « famille africaine » qui va des cousins aux neuveux aux oncles et tantes. Chaque personne gère en moyenne 8 à 10 personnes. Donc recruter quelqu’un en Afrique c’est nourrir 10 bouches entre guillemets. L’entrepreneur a un vrai rôle social. En plus de ca notre produit répond à des problématiques de sécurité et de prix, on a donc un double rôle social.

HU : Cette idée de « famille africaine » s’applique à tous les Ivoiriens aujourd’hui ?

IS : Oui, pour la simple raison qu’on n’est souvent même pas élevé par ses parents. Pour ma part j’ai passé mon enfance avec mes deux parents mais après le bac je vivais chez le frère de mon père jusqu’à que je décroche mon diplôme d’ingénieur et que j’aille à HEC. Ca c’est mon cas mais j’ai beaucoup d’amis qui ont vécu chez des tantes ou des oncles. Lorsqu’il fallait financer ma scolarité à HEC il y a eu des cousins, des cousines, des nièces … Tout le monde a contribué. Et en retour on a une dette morale envers eux. De plus c’est dans l’intérêt de la famille d’aider des jeunes brillants à atteindre un certain niveau scolaire pour être autonomes demain et tirer une partie de la famille vers le haut à son tour.

HU : Donc toi par exemple, tu dois donner de l’argent à des personnes de ta famille ?

IS : Ah oui, que ce soit des amis d’enfance, des cousins, c’est tout le temps le cas. Mais c’est normal puisque moi aussi j’ai recu il faut donner. Mais il s’agit surtout d’accompagner des personnes qui veulent réussir, ce n’est pas une logique de demande ou de mendicité, plus d’investissement.

HU : Parlons un peu d’HEC. Nous revenons quelques années en arrières, à Jouy en Josas, quel est ton meilleur souvenir d’HEC ?

IS : J’étais dans l’association fleur de bitume. C’était super sympa. J’étais aussi au club foot, on avait notamment été à Clairefontaine et j’ai dormi sur le lit de Thierry Henri c’était unique !

HU : Pourquoi est-ce que tu conseillerais à quelqu’un de faire HEC ?

IS : Déjà d’un point de vue académique c’est la meilleure école de commerce en Europe. C’est une école qui ambitionne d’être dans le top 5 mondial et qui a les moyens de ses ambitions. Ensuite il y a un réseau qui est fort, je le constate chaque jour en Côte d’Ivoire, notamment grâce au président de l’association, Daouda Coulibaly, qui fait un travail formidable. Le réseau monde est très fort aussi, lorsque l’on va à l’étranger c’est très facile de nouer des connections grâce à HEC. C’est difficile à valoriser mais c’est très important !

Ensuite il y a une vie étudiante qui n’existe pas dans beaucoup d’écoles car HEC a l’avantage d’avoir un campus où tous les étudiants se côtoient. Des « Executive Education » aux « Grande Ecole » en passant par les MS et les MBA, c’est quelque chose d’assez unique et c’est un expérience que je conseillerais à tout le monde.

HU : Si tu devais donner un conseil à un HEC de 20 ans, qu’est-ce que tu lui dirais ? 

IS : Je lui conseillerais de profiter à fond de ses années à HEC et de faire ce qu’il a envie de faire, de ne pas rentrer dans le moule de la société qui choisit ce que les jeunes gens doivent faire. C’est dans ce cas seulement qu’on est épanouis.

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