Nabil Sebti (H.10)
La Précarité créatrice

Casablanca. Nous avons rencontré Nabil dans l’espace de co-working de sa start-up Family Web Company. A l’abri d’une petite cour dans le boboïsant quartier Gautier de Casablanca, Nabil et ses comparses se livrent à la difficile alchimie de la transmutation de l’information brute en article de presse viral. Leur objectif est ambitieux : donner du grain à moudre à la réflexion de l’internaute marocain. Leurs armes sont l’ironie, le sarcasme, le web-design et un certain goût du défi – envers eux-mêmes et l’autorité.

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HU : Bonjour Nabil, comme le veut la tradition nous allons commencer par un portrait chinois. Si tu étais … une couleur ?

NS : Le vert, couleur de l’espoir.

HU : Un animal ?

NS : Tigre. Pourquoi : j’en sais rien, mais j’adore les tigres je trouve ça magnifique.

HU : Un repas ?

NS : Une belle côte de bœuf, 1,8Kg minimum.

HU : Une chanson ?

NS : Father and son, Cat Stevens

HU : Un film ?

NS : Le 5ème élément

HU: Un pêché ?

NS : La gourmandise.

HU : Un objet ?

NS : Un briquet.

HU : Un sport ou un jeu ?

NS: Le foot

HU : Un (super)héros ?

NS : J’aurais aimé être Martin Luther King. Parce qu’il a fait de grandes choses mais il n’est pas si pur qu’on ne le pense. Et c’est à l’image de la vie, pour faire des choses nobles il faut parfois savoir se faire offense. Il représente bien cette logique-là.

HU : Merci ! Maintenant, est-ce que tu pourrais résumer ton parcours professionnel en 30s ?

NS : Je vais te le résumer en deux mots : précarité créatrice.

HU : Pourquoi précarité créatrice ?

NS : Moi, je suis entrepreneur. Je ne le définis pas comme un métier mais je fais ça depuis que je suis à HEC. J’ai créé ma première boite lorsque j’étais en césure. Depuis, je ne fais que ça.
Je dis précaire car j’ai toujours pris beaucoup de risques. Je suis allé là où le risque était maximal. Cela m’a conduit à une certaine précarité : des revenus pas aussi intéressants qu’on pourrait l’espérer lorsque l’on sort d’HEC par exemple.
Créatrice car elle a participé à mon épanouissement personnel. Elle m’a ouvert les portes de différents mondes qui m’ont enrichi comme pas possible. Et cela permet de donner un sens à ma vie. Je fais partie de ceux qui sont convaincus qu’une vie heureuse est une vie qui a du sens. Kafka est un de mes auteurs préférés, car le sens de la vie est l’objet de sa démarche littéraire. Je suis content de me réveiller le matin et de me dire que je suis en train de travailler sur quelque chose qui va apporter un changement. Je suis obsédé par le fait d’avoir de l’impact, dans tout ce que je fais et a fortiori dans le business.

HU : Si on a bien compris, la précarité créatrice, c’est accepter la précarité pour suivre son idéal ?

La souris Cortex, prête à conquérir le monde

La souris Cortex, prête à conquérir le monde

NS : J’ai développé ce concept de précarité créatrice pour moi même en fait (rires). Car parfois on flanche, on a envie d’une situation plus stable et je me console en me disant que ma précarité est toujours facteur de renouveau. Comme dans la destruction créatrice de Schumpeter. L’entrepreneur doit accepter cette précarité avec l’idée qu’il va apporter quelque chose de nouveau et tirer son épanouissement personnel de son chemin et éventuellement du résultat.
Pour moi l’idée d’entreprendre n’est pas de se demander qu’est-ce que je vais gagner, mais qu’est-ce que je vais devenir, qu’est-ce qu’on retiendra de moi. Non pas ce que j’ai pu générer mais quelle dynamique, quelle idéologie, quelle vision du monde j’ai pu apporter et en quoi cela a pu changer mon environnement. Pas le monde (rires), je ne suis pas la souris Cortex.

“Ensuite j’ai fait un stage dans une agence web, c’était le début de ce genre de business. Pour te dire, on vendait des création de pages Facebook !”

HU : Comment es-tu devenu entrepreneur ?

NS : Je suis tombé dans l’entrepreneuriat comme je suis arrivé à HEC. J’étais un étudiant plutôt moyen au lycée et un professeur a eu un mot dur, il m’a dit : tu ne feras rien de ta vie. A ce moment là j’ai décidé de faire une prépa et résultat des courses j’ai intégré HEC. Cela m’a appris une chose : quand on veut on peut.
A HEC j’avais postulé à la majeure entrepreneur et je n’ai pas été retenu au motif que je n’avais pas le profil. J’ai été piqué dans mon orgueil. Du coup j’ai créé une boite, un peu à la va-vite pour être honnête, qui s’appelait NS distribution. J’importais de l’huile d’olive marocaine que je vendais à la distribution spécialisée et la grande distribution. A l’époque la tendance des produits authentiques et bio se développait et je savais qu’on en avait un tas au Maroc ! Cela a révélé en moi ce besoin latent de créer des choses.

HU : Qu’est devenu NS distribution ?

NS : J’ai vendu mes parts à un ancien client de la junior entreprise, que je dirigeais.
Ensuite j’ai fait un stage dans une agence web, c’était le début de ce genre de business. Pour te dire, on vendait des création de pages Facebook ! Même si aujourd’hui cela semble incroyable.
Quand je suis rentré en troisième année j’ai lancé une boite dans le digital avec un camarade de promo, Mathias Avramov. C’était une société d’édition d’applications mobiles et nous nous étions placés sur le créneau des applications brandées, pour les marques. On voulait éprouver les concepts qu’on apprenait en majeure marketing au travers de cette société. Notamment la notion de « brand content » qui part du postulat que la segmentation classique grâce à des données socio-démographiques n’est plus pertinente et qu’il faut maintenant classer les consommateurs par leur « lifestyle ». On se disait à l’époque que pour générer une identité « lifestyle » il fallait du contenu, d’où notre idée. Par exemple on avait créé une appli brandée qui proposait des lieux de sorties aux utilisateurs.

On avait gagné un certain nombre de concours et tapé dans l’oeil de personnalités intéressantes comme le fondateur de Deezer mais je n’ai pas pu rester en France pour des raisons administratives dues à la circulaire Guéant du 31 mai 2011.

“Lors de ma deuxième apparition TV lorsque je dis que ma mère est probablement en train de pleurer je m’adresse à des mamans. Et le but, c’est de les faire chialer.”

HU : Justement, tu es célèbre dans la communauté des marocains qui étudient à l’étranger car tu as été porte parole du collectif du 31 mai dont l’objet était de lutter contre la circulaire Guéant. Avec le recul, qu’est-ce que cette expérience t’a apprise ?

NS : C’était un moment plutôt difficile de ma vie, j’ai pris un certain nombre de décisions importantes beaucoup trop tôt mais ça a aussi été une expérience très riche. Avant de la décrire je voudrais rappeler que le mouvement du 31 mai comptait de nombreuses personnes et que j’en ai simplement porté la parole. Beaucoup de personnes qu’on n’a jamais évoqué on travaillé dur en coulisse, des personnes de toutes les nationalités et tous les horizons académiques.

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Le point de départ est une anomalie. Tous les ans les étrangers doivent aller demander leur titre de séjour à la préfecture. Ca n’est jamais un moment agréable mais il n’y a pas une préfecture dans le monde qui soit « sympa »… Et quand ma demande et celles de beaucoup d’autres anciens étudiants ont été refusées cette année là on s’est dit qu’on s’était fait avoir ! On nous avait menti ! On nous avait amené jusqu’en France avec un certain nombre de messages et de valeurs qui avaient été foutues à la poubelle d’un revers de main. En plus c’était absurde, la France avait investi pour notre éducation et on était en train de nous jeter une fois diplômés, au moment où on allait devenir rentables ! Le marché du travail n’est pas un gâteau avec un nombre de parts définies. Ca se saurait.

Dans ce collectif on a tous utilisé nos acquis d’école, il y a un gars qui a même réécrit des textes de lois dont des bouts ont fait partie de la nouvelle circulaire. On a fait des plans de com, j’ai été coaché sur mon expression dans les média, éléments de language et compagnie… Chaque jour j’étais émerveillé par l’impact qu’on avait. Et avec le recul, le secret de notre réussite est que nos actions ont découlé d’une vraie stratégie.
On a d’abord essayé d’émouvoir en racontant les histoires dures, et réelles, liées à la circulaire. L’objectif était de susciter l’intérêt des média qui veulent toujours plus de pathos. Une fois les projecteurs braqués sur nous, là on a fait passer nos messages.

Lors de ma deuxième apparition TV lorsque je dis que ma mère est probablement en train de pleurer je m’adresse à des mamans. Et le but c’est de les faire chialer. C’est le but. Et moi je n’ai pas envie de le dire car je n’ai pas envie de l’embrigader dans cette histoire, et puis je sors d’HEC et j’ai un minimum de dignité et d’intégrité intellectuelle. Mais je dois le faire car c’est le seul moyen d’intéresser les media.

“On a fini par me proposer une régularisation et j’étais écoeuré, si j’acceptais ca mettait en l’air tout le mouvement, donc je suis rentré au Maroc.”

Puis une fois les média hameçonnés on a commencé à diffuser de l’intelligence. On a commencé à parler des fondements de la démocratie française, à mettre les politiques face à leurs contradictions, on a cité les mots de Mariani en 2007 lors de la publication de la loi qui régule notre présence en France. Comment le même gouvernement peut-il faire une telle volte face ? On va faire des émissions avec moins d’audience mais plus de contenu intellectuel, comme sur LCP. Ensuite on va commencer à dire non aux média: « non je ne vais pas emmener un chinois, un japonais et un maghrébin chialer sur ton plateau, ça ne m’intéresse plus ». Une fois qu’on a eu accès à des sénateurs et à l’Elysée on a arrêté les media et on est définitivement passé de l’émotion à l’intelligence. Et du même coup on a lutté contre notre image de parasites.

On a aussi eu des moments de désespoir. Certains politiques nous aidaient à régulariser des cas, c’était bien pour les personnes concernées, mais quelque part on se disait : « quelle différence avec mon pays où on rentre en préfecture et on glisse un billet pour résoudre ses problèmes ? ». On était hors démocratie et ca m’a beaucoup heurté. On a fini par me proposer une régularisation et j’étais écoeuré, si j’acceptais ça mettait en l’air tout le mouvement, donc je suis rentré au Maroc.

C’était aussi dur car j’ai été utilisé (en connaissance de cause) par les média pour incarner le mouvement et du coup les gens me prenaient pour un héros et venaient me demander de l’aide. Alors qu’en réalité j’étais juste un gamin sans papier qui vivait dans un tout petit appart et j’avais pas une thune… Je faisais des plateaux télés, j’allais à l’Elysée mais je ne savais même pas comment j’allais bouffer le midi. J’ai fait la quasi totalité des plateaux TV avec le même costume.

HU : Comment t’es tu réinventé suite à cette aventure hors norme ?

NS : C’était une période assez particulière de ma vie. Ce que j’avais fait en France dans le domaine associatif m’a révélé une nouvelle facette de ma personnalité. J’ai découvert le sentiment intense d’aider autrui.
Avant, j’étais start-upper, je n’avais qu’une idée en tête : monter une start-up qui cartonne, le nouveau Google ou Facebook…

L’histoire de la circulaire Guéant m’a un peu foutu en l’air à vrai dire. Je ne savais plus qui j’étais. Donc quand je suis rentré au Maroc j’ai pris une bonne année pour réfléchir, j’ai bossé pour des associations de manière bénévole. C’était une façon de cultiver cette volonté d’aider l’autre dont je n’étais pas conscient avant.
Puis je me suis lancé dans les médias, Je faisais des chroniques économiques et politiques à la radio. Ca faisait le lien avec mon activité associative en France, mais je passais de l’autre côté des media. Je me levais à 5h du matin, j’écrivais ma chronique et je passais sur les ondes à 7h. J’ai adoré faire ca.

HU : Tu parles au passé ….

NS : C’est à ce moment que Karim Zaz (NDLR : aujourd’hui en prison), une grande personnalité du monde des affaires marocain m’a contacté. Un polytechnicien qui a créé un opérateur téléphonique au Maroc, je trouve ça hallucinant !
Il m’a proposé un challenge : rejoindre un Groupon-like dans lequel il avait investi qui s’appelait MyDeal.

logo_mydeal_mIl m’avait invité chez Fauchon, on avait discuté et je lui avait dit que je ne croyais pas au business de « deal » (cf business modèle de Groupon), pour moi mathématiquement ce n’était pas possible, en bout de chaîne il y a forcément quelqu’un qui se fait avoir… Il était du même avis et m’a proposé de diriger la boite et de la restructurer. MyDeal était à la pointe des sites de e-commerce au Maroc à l’époque. 6 mois plus tard je prenais la direction générale de l’entreprise. MyDeal disposait d’une base de donnése de clients potentiels prêts à acheter sur le net (ce qui n’est pas courant au Maroc) et d’une base de données de partenaires commerciaux on pouvait donc inventer ce que l’on voulait comme plateforme d’intermédiation. On a donc mis en place une stratégie pour passer du système du deal à la vente de systèmes d’exploitation pour les commerces de proximité. On a créé des équivalents de la fourchette, booking, digitick… Cela a été le gros de mon activité entrepreneuriale au Maroc.

L’aventure a pris fin pour des raisons purement administratives qui concernent Karim Zaz et sur lesquels je ne m’étendrai pas.

Il a fallu que je me réinvente encore une fois. C’était dur. Tout me souriait, je dirigeais une boite qui était à l’avant garde d’un secteur économique, je gérais près de 40 personnes, je discutais avec des gens qui décident de la manière dont le pays fonctionne…. C’était très enrichissant, une autre sphère quoi, le monde merveilleux de l’entrepreneur à succès. En 24h tout s’est écroulé. J’avais 27 ans, vécu un certain nombre de choses mais je n’étais pas préparé à ça. Virer des gens pour des raisons qui n’avaient rien à voir avec le marché, parmi eux des personnes plus âgées que moi, parmi eux aussi des personnes peu qualifiées dont je savais qu’elles auraient beaucoup de mal à retrouver un emploi dans le context économique actuel. Humainement c’était très difficile et personnellement j’avais l’impression que le destin s’acharnait. En France je monte une boite et je ne peux pas la développer pour des raisons administratives, je rentre au Maroc, je saisis une opportunité, j’ai une autonomie incroyable, et puis ca s’écroule.

C’est à ce moment que j’ai fait le point sur moi même et que j’ai inventé des concepts comme la précarité créatrice pour pas me laisser abattre. J’avais mis tout ce que j’avais dans MyDeal et il me restait 2000 euros sur mon compte en banque… J’avais vécu un échec et je ne voulais pas le considérer comme la fin de tout. Et je me suis dit que le meilleur moyen d’éviter ca était de le transformer en enseignement, de partager mes expériences avec les autres. C’est comme ça que je suis revenu aux media, cela me sert aussi de thérapie… Le meilleur des égoïsmes est l’altruisme après tout. Je voulais montrer au reste du monde que l’intelligence d’un individu ne se résume pas à réussir mais à comprendre sa situation tant dans la réussite que dans l’échec. J’ai décidé de rester dans l’écosystème, à l’avant garde des start-up, j’ai donné pas mal de conseils à des start-uppers, cela m’a maintenu un certain temps puis j’ai créé FamilyWeb Company.

HU : Comment tu décrirais à un enfant de 5 ans l’activité de Family Web Company ?

Family Web Company est une agence web créative. Un des projets de cette agence est NssNss.ma, un portail média « objectivement décalé ».

A terme j’ai envie de créer une sorte d’incubateur de projets web qui fonctionnerait en synergie comme une famille, d’où le nom Family Web.

Moot, la mascotte de Nssnss.maMoot, la mascotte de Nssnss.ma

J’ai lancé Nssnss.ma en étant scolaire. J’ai étudié le paysage médiatique marocain et je suis rentré au coeur du métier. Les différents acteurs, les business modèles, je me suis demandé ce qui ne me plaisait pas en tant que consommateur et j’ai essayé de trouver des solutions économiques à ces problèmes.
Je suis arrivé à plusieurs réflexions :
1. Les média au Maroc se présentent comme étant neutre. Je n’y crois pas et j’ai décidé d’occuper le créneau d’un média qui tire sa force de sa subjectivité
2. Les média au Maroc utilisent beaucoup de jargon. Qu’ils soient généralistes ou spécialisés ils sont enfermés dans un formalisme qui ne me plait pas et qui est incompréhensible pour la plupart des marocains. Nous laissons la liberté du ton à nos chroniqueurs
3. J’ai décidé de ne pas fonder mon business modèle sur la publicité. On a lancé Nssnss.ma avec une ligne éditoriale et on essaie d’abord de développer sa capacité d’influence et nos lecteurs nous apprendront où sont nos points de valeur

Qui dit capacité d’influence dit filiation identitaire. Notre identité c’est au premier plan notre nom et notre logo.
Le logo: c’est le mouton, c’est un animal avec une dimension sacrée au Maroc mais aussi une référence ironique au mouton de Panurge. On est le média qui ne suit pas, et on demande à nos lecteurs de toujours mettre en perspective ce que nous leur racontons.

Le nom: NssNss, littéralement moitié-moitié mais cela désigne aussi le café au lait – la boisson la plus consommée dans les cafés au Maroc – renvoie au ton de proximité que nous avons avec nos lecteurs. Nous n’avons pas vocation à avoir une position de supériorité par rapport à nos lecteurs, nous avons simplement vocation à dire ce que l’on pense

Pour résumer notre esprit, nous pensons que la vie est constituée de choses hyper sérieuses mais aussi de choses légères et c’est quand on arrive à concilier les deux qu’on a une vie heureuse. On peut parler de politique en se marrant mais la finalité n’est pas humoristique, elle est dans l’éveil.

Et ca a marché. Début janvier, à l’occasion de la triste affaire de Charlie Hebdo mon édito Vous n’êtes pas Charlie a généré plus de 400 000 lectures et a été repris par France 24 et plusieurs autres média étrangers.

Ce succès nous a poussé à voire plus grand. On a décidé de faire de NssNss.ma notre laboratoire. On l’utilise pour tester nos idées de e-commerce – on y a créé une tribune / boutique pour des jeunes artistes – ou de média interactif – nous essayons de faire du site une expérience utilisateur complète.
Mon délire en ce moment est de tenter de réinventer les moyens de distribution de la press payante. La distribution fonctionne exactement de la même manière depuis la création de la presse !
Il est certain que d’autres ont des idées identiques que nous au même moment et nous sommes conscients que tout l’enjeux est dans l’execution.

“Le Maroc a une culture forte, qui a un passé mais aussi des artistes contemporains qui repensent cet héritage”

HU : Quel type de sujets et de contenus sont les plus populaires au Maroc ?

NS : On a d’emblée été généralistes avec comme fil conducteur de partager ce que nous aimions. Une rubrique lifestyle avec des lieux de sorties, des articles sur de jeunes artistes, une rubrique assez marrante consacrée à décortiquer les stéréotypes des relations entre humains, ma belle-mère, mon bosse etc… On a traité tout type de sujets mais on gardait ce ton de dérision, de satyre ou bien à l’inverse un ton tranchant purement subjectif. Ca c’était tout nouveau dans le paysage médiatique marocain. On a de très bon journalistes au Maroc avec une super capacité analytique et une belle plume mais beaucoup se sentent toujours obligés d’arrondir les angles et de faire dans le politiquement correct car ils ont peur. Nous on a pris le risque d’inviter le lecteur à réfléchir.

HU : Est-ce que tu penses qu’il y a un vent de développement et d’ouverture au monde au Maroc aujourd’hui ?

NS : Aujourd’hui il ne s’agit plus d’accepter ou refuser la mondialisation. De fait le Maroc est ouvert au monde. La question au Maroc est de savoir jusqu’à quel point la mondialisation va développer la société marocaine. Au premier abord on peut penser que l’ouverture du Maroc est une volonté de réception, d’avoir accès à telle marque, telle musique etc. Mais ce qui est intéressant c’est que le Maroc en profite aussi pour dire au monde ce qu’il est. Au delà de la vision stéréotypée du Maroc soleil – plage – accueil, le Maroc a une culture forte, qui a un passé mais aussi des artistes contemporains qui repensent cet héritage. La mondialisation permet à certains Marocains d’ouvrir une nouvelle vision du Maroc au reste du monde. Et NssNss.ma s’inscrit dans cette ouverture.

Dans un monde connecté je suis convaincu que le contenu est un facteur clé de l’ouverture au monde. Prenons l’exemple coréen. Ils ont abandonné la bataille du hardware car ils se sont rendus compte que les Chinois étaient plus forts qu’eux. Ils se sont concentrés sur le software et le contenu et ils ont sorti Gangnam Style. On en rit mais la K-Pop est financée par le gouvernement coréen ! C’était un moyen de véhiculer la culture coréenne et de casser le stéréotype d’asiatiques hyper carrés à l’allemande. Aujourd’hui les Coréens vendent du contenu aux japonais, aux chinois etc. Le contenu permet de véhiculer les identités. C’est un processus de la mondialisation qui est encore en cours, et pour moi c’est plus fort que la diffusion du Big Mac à l’échelle mondiale.

HU : Qu’est-ce que tu fais le dimanche après midi à Casa ?

NS : Je traine beaucoup dans le quartier dans lequel on se trouve, dans lequel je vis et je travaille et que j’aime beaucoup. Le quartier Gauthier. Historiquement c’est le quartier juif de casa et il est resté plutôt authentique, on découvre toujours un petit bâtiment ol school au détour d’une rue.

Quartier Gautier 1Cartier Gautier 2

J’aime aussi passer mon après-midi dans des bars populaires qui sont en général également des associations de pétanque. Ils servent de la bière pas chère et des grillades. J’adore observer et on trouve tout type de personnes dans ces endroits. C’est populaire au sens noble du terme, ce n’est pas un repère de classes moyennes. C’est le seul endroit avec les stades de foot où toutes les catégories socio-professionnelles se mélangent de manière naturelle. C’est remarquable car Casa – et le Maroc en général – est hyper stratifié. Quartier riche vs quartier pauvre, café de riche vs café de pauvre. C’est pourquoi on a voulu s’appeller NssNss aussi. Alors que dans ces endroits on est spontanément tous les mêmes, on est tous là pour bouffer de la viande et boire une bière. J’y vais le dimanche car c’est ensoleillé, c’est plus agréable que le soir.

HU : Si tu n’avais plus que 24h à passer à Casablanca, que ferais-tu ?

NS : J’irais face à la mer. C’est toute la douceur de Casablanca qui est une ville dure, c’est un monstre qui vous bouffe et vous rejette chaque jour. On aime ou on aime pas. Moi j’aime le bruit et le vacarme mais la mer équilibre ça. Il y a un spot que j’apprécie spécialement sur la corniche, un spot de camping. Lorsqu’il est inoccupé on peut y mettre une chaise et on a une vue sur la mer, en particulier au coucher du soleil, qui est magnifique.

(google map = https://www.google.com/maps/place/McDonald’s+Ain+Diab/@33.600155,-7.6619304,16z/data=!4m5!1m2!2m1!1smc+donalds+casa!3m1!1s0x0000000000000000:0x63ef81b57f368ac3)

HU : Qu’est-ce que tu préfère chez les gens qui vivent à Casablanca ?

NS : J’admire la capacité du Casablancais à se débrouiller. C’est une ville énorme qui manque énormément de structures mais malgré tout, ça tourne. Je ne sais pas si c’est propre aux marocains ou aux casablancais en particulier, mais s’il vous faut un truc, vous allez l’obtenir. Cela peut être compliqué, ca va souvent être hors norme, mais vous allez l’obtenir.

HU : Nous revenons maintenant dans le temps. Imagine toi à HEC il y a 5 ans, quel était ton endroit préféré sur le campus ?

NS : Il y en a plein mais j’ai envie de te dire le Zinc. L’équipe qui le gérait à l’époque étaient des potes et j’étais accepté malgré le fait d’être un footeux. A l’époque le Zinc était plutôt réservé aux Rugbymen. J’y ai passé de très bons moments, j’étais cosy là bas.

HU : Quel est ton meilleur souvenir d’école ?

NS : Certainement le jour de l’élection à la JE. J’étais président de ma liste, la campagne avait été longue et éprouvante et puis les résultats sont tombés. Ce n’est pas tellement le sentiment de la victoire qui m’a marqué, mais je me souviens encore de Géraldine de Gunzburg qui vient me voir et me dit « c’est grâce à toi », je lui réponds «c’est grâce à nous», c’était un moment de communion assez fort. C’est la première campagne que j’ai gagné et pour l’anecdote c’était la première fois de ma vie que je votais pour quelque chose car j’ai quitté le Maroc avant d’être en age de voter.

HU : Pourquoi est-ce que tu conseillerais HEC aujourd’hui ?

NS : Pour moi HEC se résume à son slogan : « Apprendre à oser » et la culture du challenge qu’il véhicule. A HEC on m’a poussé à m’exprimer dans le cadre de mon cursus. Il y avait beaucoup de présentations à l’oral et on baignait dans un environnement qui affirmait, contrairement à mon éducation, que rien n’était déterminé et que tout dépendait de notre volonté à relever des défis.
Résultat j’ai été le premier étranger à gagner la campagne de la Junior Entreprise ! Ca a révélé ma capacité à prendre des risques et à m’épanouir dans la prise de risque.

HU : La devise de l’école est « Apprendre à Oser », quelle serait ta devise à toi ?

NS : « Essayer pour pouvoir », en prolongement de « quand on veut on peut » car je pense que la volonté ne suffit pas.
J’ajouterais, pas pour obtenir mais pour devenir. Fixez-vous un objectif d’être, pas d’avoir !

HU : Si tu devais donner un conseil à un jeune diplômé, qu’est-ce que tu lui dirais ?

NS : Je lui dirais de ne pas réfléchir à son avenir en fonction de ce qu’on pu faire ses prédécesseurs à HEC, de ne pas accepter les idées reçues sur l’excellence. Je lui dirais de se diriger vers sa passion car c’est probablement le seul moment dans sa vie où il peut se permettre d’aller dans cette voie là. On peut toujours rebondir dans des parcours plus classiques grâce au diplôme d’HEC. On a des présentateurs TV, des artistes, un président de la république, des patrons du CAC 40, des comédiens… Ces personnes ne sont pas la norme d’HEC, ils sont l’exception mais ils sont la preuve que c’est possible d’être l’exception quand on sort d’HEC. Et le seul moyen d’y arriver, si tant est qu’on aie envie d’être exceptionnel, c’est d’aller vers sa passion.

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